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La Bastille
Beaucoup d’enfants dans ma ville ne vont plus à l’école.
Ils ont 10, 12 …..ans.
La faim, la misère, les en empêchent.
Bastille, nom de gloire, lieu de révoltés, est devenu le nom de la rue qui leur offre du travail parfois dès l’âge de cinq ans même ! Leur marchandise est stockée par leur parents dans leur demeure où l’enfant n’est accepté que tard au petit matin, après avoir terminé de racoler le maximum de clients qui pour de l’alcool, qui pour des cigarettes, qui pour un bout de poudre blanche ou pâte de faux rêves.
Les enfants de ma ville vendent aussi des sacs plastiques, ces même sacs qui portent la motion : ne pas laisser à la portée des enfants.
Les enfants de la rue de la Bastille, ne connaissent pas de sens aux mots amour, jeux, joie et rire, ils ne sauront pas vivre de tels moments. Ils s’étonnent même que des enfants comme eux soient propres et bien habillés. Leur vocabulaire est riche de mots destructeurs, désolants, dévastateurs : faux barrages, arme, armée, prison, centre, égorger, éventrer, brûler, vendre, argent….La mort devient une alliée.
Certains, les plus grands, l’attendent, comme une délivrance, comme une fin à leur misère qui s’éternise. D’autres plus jeunes, te diront même, que les riches naissent et restent riches et que les pauvres le sont et le resteront, c’est normal.
Leur bonheur se résume à vendre une canette de bière. L’extase, c’est quand un client, arrivant dans sa grosse voiture et à travers ses vitres teintées, en prend dix ou vingt.
L’école est trop loin.
Il m’arrive de les regarder quand ils s’adossent à un mur attendant un client. Fatigués, le regard vide, les vêtements légers et les pieds nus. S’ils s’aperçoivent que je les regarde, ils accourent vers moi et me proposent leur marchandise.
Parfois, dans leurs bras, ils portent également, pour vendre, des produits alimentaires ….là aussi, une réalité qui se terre à la rue de la Bastille : tout ce qu’ils proposent comme conserve, est périmé ou presque. Les gens achètent parce que pas cher. La rue de la honte, lieu de preuve de déchéance d’une société au bord de l’abîme. Vous êtes en plein centre d’Oran !!
Ainsi né l’autre forme de terrorisme, héritière de la meurtrière. Ses recrus sont des enfants mais ses recruteurs sont les même que ceux qui font exploser une bombe dans un marché d’un quartier de laissés pour compte.
Les enfants, dans ma ville, sont dans la tourmente.
Les enfants d’aujourd’hui, seront les Algériens de demain. Ils n’en veulent pas de cette « algériannité » ! Elle est synonyme de faim et de misère. Ils rêvent déjà de partir ou de mourir. Le visa, la France ou la mort !
C’est leur façon de vivre l’impossible. C’est leur façon de rêver.
Pleure ma ville.
Regarde au fond de tes caniveaux, le crachat des petits tuberculeux, qui traînent dans la rue de la Bastille sous le regard de leurs parents : biologiques et autres.
Certains enfants te diront qu'avec un peu de chance, le propriétaire de la grosse voiture les emmènerait faire un tour avec lui !!!? On en revient avec beaucoup plus d’argent qui si l’on vendait tout un pack de bière.
Pleure ma ville pour les enfants de la Bastille.
Ils sont porteurs ou vendeurs d’alcool. Au petit matin, quand ils se livrent au sommeil, ils ne rêvent pas, ils se déconnectent. Ils reprennent leurs forces et leur âge, ils ressembleraient à tous les enfants de la Terre.
Pleure Oran pour tes enfants, qui abandonnent les bancs de l’école pour nourrir leurs parents. Pleure ma ville pour le drame de la rue de la Bastille.
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